Grand-papa et les pontonniers
La campagne pour la votation du 4 septembre prochain sur le système d'école obligatoire dans le canton de Vaud est entré depuis une bonne dizaine de jours dans sa phase démagogique, émotionnelle et idéologique.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ! Quand bien même il y a peu encore tout le monde politique s'accordait à chanter sur tous les tons « ne pas vouloir déclencher de guerre de l'école », les bonnes résolutions ont été jetées aux oubliettes, vite rattrappées par la « Querelle des Anciens et des Modernes ».
Notez que depuis quelques jours, au vu du discours qui fait rage, on préférera « grand-papa et les pontonniers ».
D'un côté, se présente « École 2010 » qui entend (re)donner sa place à la qualité des méthodes d’enseignement et à l'égalité des chances, en tentant de ramener en classe un système scolaire parti faire l'école buissonnière avec « EVM ». De l'autre, se dresse « LEO » qui mise sur la quantité d'heures d'enseignement - sous prétexte d’« HarmoS » - et qui sacrifie à l'idéologie égalitariste en instituant une voie secondaire quasi unique. Quand les pourfendeurs d' « École 2010 » se plaisent à agiter l'épouvantail du « retour à l'école de grand-papa », les zélateurs de « LEO » rivalisent en clichés propres à faire voir et à faire croire à ce qu’ils font voir : « se tourner vers l'avenir » - quand bien même personne n’est capable d'en dessiner un contour autre que purement spéculatif ; « maintenir et développer la cohésion sociale » - comme si les promoteurs d’ « École 2010 » n’avaient d’autre but que d’introduire la ségrégation sociale ; « bâtir des ponts avec les matières » - aveu à peine voilé que jusqu’ici l’on s’est satisfait de s’ébaubir devant les tyroliennes de la modernité tirées par « EVM » ; « bâtir des ponts avec les Confédérés » - quand bien même depuis l'introduction d'« EVM », l'école obligatoire dans le canton de Vaud se trouve plus dans la situation de celui qui court le long du quai pour tenter de rattraper le train (HarmoS), que dans celle du pontonnier à même de faire étalage de son expertise et de son savoir-faire en la matière ; « bâtir des ponts avec les parents » - autre aveu aussi à peine dissimulé qu’une des grandes réussites d’« EVM » est d’avoir mis hors jeu les parents. Néanmoins, à la décharge des partisans de « LEO », il faut reconnaître que la présence d’une Haute école pédagogique, d’une École polytechnique fédérale et d’une Université dans le canton de Vaud ne favorise ni l’humilité ni l’autocritique face au mal qui frappe le système scolaire vaudois : une baisse générale du niveau dans les matières fondamentales. Fille aînée d’« EVM », à défaut de la qualifier de « bâtarde » - ce qui ferait les choux gras de toutes celles et ceux prompts à se récrier du politiquement incorrect et du retour à « l’école de grand-papa », « LEO » s’avère surtout être un lieu commun : il se peut que le système proposé soit juste en théorie, mais, en pratique, il ne vaut rien. Ne travailler que sur la quantité (l’élévation du nombre d’heures) sans remettre en question la qualité (la méthode doctrinale de la pédagogie de la découverte) revient à vouloir cacher un ban de brouillard derrière un écran de fumée. Si comme l’a écrit Albert Camus « Mal nommer les choses ajoute au malheur du Monde », alors penser que « LEO consolide l’école et la tourne vers l’avenir » c’est ajouter au malheur de l’École vaudoise. C’est cautionner un énième chambardement du système scolaire vaudois propre à plonger tout le monde - élèves, parents, enseignants, politiques et finances publiques - dans l'inconnue la plus totale ...et, probablement, à sacrifier sur l'autel d'une prétendue modernité, une génération d'élèves de plus. Voter OUI à « École 2010 », NON à « LEO » et préférer « École 2010 » en cas de double oui dimanche 4 septembre prochain, ce n’est pas appeler de ses voeux le retour de « l’école de grand-papa » ni celui du « roye gosse », et encore moins prôner l’introduction de méthodes d’enseignement puisées auprès de l’armée américaine - comme le laissait pernicieusement entendre il y a peu le président de la Société pédagogique vaudoise.
Voter en faveur d’« École 2010 » dimanche 4 septembre, c’est avoir la lucidité d’Ulysse de résister à la tentation d’écouter le chant des Sirènes. Quitte à s’attacher solidement au mât du bateau pour ne pas mettre en péril l’avenir professionnel ou académique de ses enfants, au son du pipeau des doctrinaires de la pédagogie de la découverte et de l’égalitarisme ...celui-ci n'ayant, comme les régimes communistes totalitaires du XXe siècle l'ont révélé, jamais assuré l'égalité des chances !